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Vingt années de dynamique partenariale en Poitou-Charentes

mercredi 21 décembre 2011, par Yannick BRUXELLE

Présentation dans le cadre des 14èmes rencontres de l’Environnement en PACA, le 23 octobre 2002, à Antibes.

Il s’agit pour moi de vous présenter l’expérience que nous vivons depuis une vingtaine d’années en Poitou-Charentes, non pas comme un modèle bien sûr, même si notre région est désormais bien reconnue pour ses compétences dans le domaine de l’éducation à l’environnement, mais plutôt comme un simple témoignage. Sachant que chaque contexte est unique et spécifique, j’essaierai cependant de dégager avec vous les conditions qui, me semble-t-il, ont été favorables à cet épanouissement et notamment au niveau des partenariats qui ont pu être construits.

Un humus fertile

Tout comme dans la nature rien ne pousse si le sol est pauvre, l’éducation à l’environnement a à s’enraciner solidement dans un terreau de départ suffisamment riche. Cette richesse bien évidemment c’est celle des hommes et des femmes, des pionniers, militants, qui dans les années 80 ont su s’appuyer sur la conviction que pour former à l’environnement il valait mieux être plusieurs et qu’il valait mieux être différents. Ce fut le début de pratiques partenariales, d’un « faire ensemble » sur le terrain autour d’actions locales permettant de mettre en relation des personnes de différents systèmes notamment éducation nationale et associatif, souvent grâce à des « acteurs frontières » sachant, tout en restant dans la conformité de leur institution, s’emparer des opportunités et s’autoriser à de nouvelles pratiques. Cette étape a entre autres permis de franchir l’étape d’une certaine méconnaissance à une connaissance de l’autre et ceci avec satisfaction, voire plaisir, de travailler ensemble en partenariat (pratiques déjà « recommandées » au sein de l’éducation nationale lors de la création d’une mission d’action culturelle en 1977 avec la mise en place des PACTE puis des PAE en 1982).

Un partenariat fondateur


Le deuxième protocole d’accord entre les deux ministères de l’éducation nationale et de l’environnement, signé en 1993 (le premier datait de 1983) , qui désignait l’académie de Poitiers comme l’une des quatre académies pilote en la matière (les autres étant Grenoble, Toulouse et Montpellier), a incité le petit groupe partenarial déjà constitué et habitué à travailler ensemble (personnes des associations, du rectorat, de l’IUFM, de l’ADEME, de la DIREN....) à s’engager dans une démarche originale et unique en France par la diversité des partenariats mis en jeu. Cette démarche a abouti en 1996, dans le cadre du contrat de plan Etat-Région, à la création de l’Ifrée (Institut de formation et de recherche en éducation à l’environnement) formalisé par une association au sein de laquelle se retrouvent les services de l’Etat (Rectorat, qui met à disposition un poste d’enseignant, IUFM qui dégage un mi-temps de maître de conférence, et DIREN qui assume la part financière de l’Etat), les collectivités territoriales (le Conseil Régional, principal financeur, les Conseils Généraux), les associations (GRAINE Poitou-Charentes, centres régionaux d’éducation à l’environnement), les organismes socio-professionnels (chambres consulaires) et les universités.
Cette constitution a bien évidemment été un travail laborieux qui a nécessité du temps, beaucoup d’énergie, de volontés partagées, de vigilance sur des envies de pouvoir qui surgissaient, de réajustements..., mais qui nous a permis de passer de la connaissance mutuelle à cette fois-ci suffisamment de confiance pour une reconnaissance de tous (y compris des associations, signataires au même titre que les institutions ou les collectivités)

Un partenariat qui vit et s’entretient par des actions « faites ensemble »


L’enthousiasme de la création de l’Ifrée en tant qu’outil au sein duquel chacun de nous se sentait investi n’est pas retombé au fil des années grâce à des pratiques vigilantes à entretenir ce partenariat fondateur. Ainsi notre conception du partenariat ne se réduit pas à une simple addition des compétences diverses mais à une véritable combinaison des compétences pour créer ensemble. C’est dans cet esprit que nous co-animons les stages de formation, que nous mélangeons les participants, que nous construisons ensemble les projets dès l’amont au niveau de leur conception (aucun partenaire n’arrivant avec un projet « tout prêt » mais avec une idée, une envie de projet...), que nous évaluons ensemble nos pratiques en cherchant à les améliorer..., étant convaincus que chacun est indispensable à la réussite de l’ensemble.
Nous construisons ainsi notre « culture partenariale » commune sur la base de nos pratiques et de notre réflexion partagée, chacun se sentant garant de cette démarche et s’autorisant à intervenir en cas de dérive ressentie.

Un partenariat qui grandit, cherche à se diversifier


Des stages nationaux (4 stages du Plan National de Formation des enseignants et 2 universités d’été sur la période 96-2000), des productions spécifiques largement diffusées (lettres de l’Ifrée, fiches thématiques), la publication de la revue francophone sur la recherche en éducation à l’environnement (en collaboration avec le Québec, la Belgique, le Mali et Haïti) associée à un programme de formation de formateurs à distance, ont permis à l’académie de Poitiers de renforcer son statut d’académie pilote et de se voir désignée « Pôle National de Ressources en éducation à l’environnement » en avril 2002 dans le cadre du plan de développement des arts et de la culture à l’école.
Au niveau régional, l’Ifrée s’est trouvé jumelé à l’observatoire régional de l’environnement et est devenu Ifrée-ORE en 2000.
Les participants aux formations, à l’origine essentiellement enseignants ou animateurs (dont le regroupement était déjà en soi une réussite) s’étendent aux personnels des collectivités territoriales et aux élus. Le projet actuel de « verdissement » des administrations devrait venir encore renforcer ce processus pour que ces personnes ne reçoivent pas des formations purement techniques sur l’environnement mais soient étroitement impliquées comme « acteurs » de l’environnement.
Une démarche importante, s’inscrivant dans une approche des « Pays » tels que définis par la nouvelle loi, appelée « Parole publique, développement responsable et solidaire » est lancée en direction notamment des élus à différentes échelles du territoire...
Des entreprises participent aux côtés des autres partenaires au sein du Collectif régional pour l’éducation à l’environnement (CréE) à l’écriture du Plan Régional d’Action pour l’éducation à l’environnement, officiellement présenté le 7 octobre dernier en présence de Mme Tokia Saïfi, secrétaire d’Etat au développement durable.
Un point reste encore faible toutefois en Poitou Charentes, c’est le lien entre chercheurs et éducateurs praticiens, car la recherche universitaire de notre pays ne s’est pas encore véritablement emparée de ce sujet (l’éducation à l’environnement et non l’environnement) comme ont pu le faire le Québec ou la Belgique. Les choses progressent toutefois notamment au travers de la mise en place de Colloques de recherche comme celui qui va se tenir à Niort très prochainement début novembre.

En conclusion, je dirai juste qu’il s’agit pour nous d’une belle aventure, enrichissante sur le plan humain, enrichissante au niveau de nos acquisitions de savoirs, c’est pourquoi je parle souvent de « partenariat apprenant », et je l’espère aussi au bénéfice de notre environnement qui se trouve abordé ainsi dans toute sa complexité et dans un esprit de responsabilité partagée et non réservée aux experts.

Cette aventure se déroule à la croisée des dynamiques de terrain avec des personnes en confiance et à l’écoute les unes des autres et des dynamiques institutionnelles qui proposent des cadres. C’est donc plutôt un « art » de faire ensemble et de faire avec les cadres existants que nous cherchons à développer par un réseau de relations horizontales mais aussi verticales avec sans doute sous-jacent le rêve d’une société où la règle du jeu ne serait pas « Si je gagne, tu perds » mais plutôt un jeu « gagnant - gagnant ».

N’est-ce pas un beau challenge ?

Jean Burger,Directeur de l’Ifrée-ORE
Yannick Bruxelle, Rectorat, DAAC, Poitiers.

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