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Animaux captifs dénaturés

vendredi 6 mars 2009, par Christian MAILLETAS

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Article extrait du numéro spécial de la Lettre du GRAINE n°18 "Éducation à l’environnement pour tous et partout, tout au long de la vie"

Article de Christian MAILLETAS [1]


Nous connaissons tous l’existence, sinon chaque article, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) qui vient d’atteindre l’âge de la retraite (au figuré bien sûr !)
Mais savons-nous qu’il existe aussi une Déclaration Universelle des Droits de l’Animal (DUDA) proclamée solennellement à Paris, le 15 octobre 1978, à la Maison de l’UNESCO ?
En consultant le site de la Fondation Ligue Française des Droits de l’animal (www.fondation-droits-animal.org), nous trouvons deux articles extraits de cette DUDA qui peuvent venir enrichir judicieusement notre réflexion sur le thème « Education et animaux captifs » :
- l’article 4 qui dit que « l’animal sauvage a le droit de vivre libre dans son milieu naturel et de s’y reproduire »,
- l ’article 10 qui dit que « l’éducation et l’instruction publique doivent conduire l’homme dès son enfance, à observer, à comprendre et à respecter les animaux »

Tout le monde s’accordera sur le fait que l’animal sauvage, par définition, ne possède pas d’affinités naturelles avec l’homme et pourrait très bien se passer de sa présence. Et pourtant, au cours des siècles, l’espèce humaine, s’est arrogé le droit de s’emparer d’animaux plus ou moins exotiques qui ne vivant plus en toute liberté, mais n’étant pas pour autant domestiqués, constituent la faune sauvage captive qui occupe une place et a un statut particulier dans notre société. On trouve ces mammifères, ces oiseaux ou ces reptiles dans des parcs zoologiques, des ménageries, des spectacles ou entre les mains de fauconniers ou montreurs d’animaux.
Il nous semble intéressant, à ce stade, de rappeler que tout animal est un être sensible donc susceptible d’éprouver du plaisir-déplaisir ou plutôt du bien-être et de la souffrance en fonction de ses capacités sensorielles (même si elles ne sont pas les mêmes que celles de l’espèce humaine) et du milieu dans lequel il se trouve. C’est ce qui fait que le comportement des différentes espèces sauvages ne sera pas le même en liberté ou en captivité.
Dans la nature, après de multiples sélections naturelles, sur plusieurs générations, la vie de chaque animal est conditionnée par l’environnement physique mais aussi biologique constitué par des proies, des prédateurs, des congénères… et des hommes.
En captivité, il est évident que les processus mentaux et comportementaux de ces animaux se développent différemment du fait d’un environnement moins varié donc moins stimulant mais par contre plus stressant.
En liberté, l’animal sauvage est capable de contrôler le niveau de stimulation qu’il peut supporter en réajustant en permanence ses comportements : il peut explorer, attaquer, poursuivre, éviter, s’arrêter, s’en aller et même se cacher lors d’une trop grande stimulation afin que cette dernière diminue jusqu’à un niveau acceptable lui permettant de calmer sa peur.
En captivité, l’animal sauvage a peu de possibilités de réduire le niveau de stimulation externe auquel il est exposé et sa peur qui commence par des réactions physiologiques similaires à celles qu’il aurait dans la nature, devient permanente avec un état de stress chronique qui aura des conséquences psychologiques et immunologiques rarement favorables. Les mouvements stéréotypés et répétitifs proviennent du manque d’espace ou de la proximité imposée de l’homme. Le stress chronique peut même conduire, paradoxalement à la dépression et à la léthargie faute de ne pouvoir éviter une situation qui est imposée par un grillage, des barreaux ou des liens invisibles de dépendance créés par réflexes conditionnés acquis pendant la période de dressage. Cette camisole discrète mais efficace n’est pas toujours facile à percevoir et peut laisser croire à tort à un observateur, que l’animal, s’il était libre, se comporterait de la même façon. Cette situation est d’autant plus trompeuse que très souvent les « propriétaires » des animaux tiennent un discours alibi du genre « nous aimons nos bêtes et elles nous le rendent bien » ou énoncent des contre-vérités du genre « elles sont heureuses puisqu’elles se reproduisent même mieux que dans la nature » oubliant de dire que, le plus souvent, les jeunes mammifères sont abandonnés ou dévorés par les parents. L’alibi pédagogique est aussi fréquemment utilisé, de bonne ou de mauvaise foi, laissant croire aux enfants (ou à leurs parents) qu’ils connaîtront mieux la vie et les moeurs d’un animal et sa façon de se comporter naturellement alors qu’il est totalement dénaturé et constamment traumatisé jusqu’à consommer ses excréments pour certains grands singes. L’observateur ne peut rien apprendre qui ne soit biaisé.
Il est par exemple bien connu que les démonstrations de haut vol avec des rapaces diurnes ou nocturnes (en plein jour !) qui viennent, semble-t-il librement, se percher sur le gant du fauconnier ne sont possibles qu’après une difficile période de dressage pendant laquelle l’oiseau de proie « est tenu au ventre ». De fait, ces exercices n’apprennent qu’une seule chose : que l’homme sait dompter l’animal sauvage captif et lui faire faire ce qu’il désire. Qu’il est en somme le plus fort ! « C’est donc plutôt de la mystification » comme le dit fort bien Jean-Baptiste Jeangène Vilmer dans son livre Ethique animale paru cette année aux Presses Universitaires de France.

Face à de telles situations, nous ne pouvons qu’espérer une évolution des esprits et des mentalités dans la direction indiquée par le professeur Théodore Monod qui, fort de sa riche expérience scientifique, affirmait « l’animal sauvage ne demande rien à l’homme, sinon de lui ficher la paix ».
Parole de sagesse dont nous devrions tous nous inspirer.

Notes

[1Administrateur de Charente Nature, structure adhérente au GRAINE Poitou-Charentes

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